Les Simpson : Bienvenue au Club | Cartoons » 20th Century Studios

Publie le 27 octobre 2022

Bienvenue au Club est le huitième court-métrage dérivé de la série Les Simpson, le cinquième créé spécialement pour Disney+. Dans le prolongement des cartoons précédents, il mêle les principaux personnages des (Les) Simpson à ceux des univers Disney et Marvel.

La série Les Simpson a été créée par Matt Groening en 1987 en tant que courte pastille animée pour l’émission The Tracey Ullman Show sur la jeune chaîne Fox, avant de devenir une série autonome dès le 17 décembre 1989 sur la même chaîne. Elle rencontre un succès impressionnant lors de sa première saison, réunissant 27,8 millions de téléspectateurs en moyenne aux États-Unis. Plus de trente saisons plus tard, la série, devenue la sitcom à la plus grande longévité, s’auréole en plus d’un succès critique, ayant notamment décroché 31 Emmy Awards depuis sa création, et ayant fait une incursion remarquée au cinéma en 2007 avec le long-métrage Les Simpson – Le Film.

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Cette expérience réussie donne au producteur James L. Brooks la volonté d’explorer le format du court-métrage, en prenant aussi bien pour modèles les avant-programmes proposés par Pixar que les cartoons classiques. Un groupe composé des pointures de la série (Matt Groening, James L. Brooks, David Silverman, Al Jean, David Mirkin, Joel Cohen et Michael Price) décide alors de créer une aventure muette. C’est donc naturellement que Maggie, le bébé de la famille, est choisi comme personnage principal pour les trois premiers courts-métrages produits. Le premier, intitulé Dure Journée pour Maggie, débarque sur les écrans le 13 juillet 2012 en avant-programme du long-métrage des Blue Sky Studios L’Âge de Glace 4 : La Dérive des Continents et reçoit un excellent accueil critique. Maggie revient ainsi sur grand écran le 6 mars 2020 avec Rendez-Vous Avec le Destin, en marge des projections du film En Avant des studios Pixar, avant d’être proposé sur Disney+ suite à la fermeture des salles de cinéma engendrée par la pandémie de COVID-19.

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Entre-temps, la famille de Springfield est entrée dans le giron de The Walt Disney Company après que celle-ci a racheté le 20 mars 2019 une partie de 21st Century Fox. Et l’entreprise affirme rapidement sa volonté de capitaliser sur cette franchise unique. Les trente premières saisons de la série sont ainsi présentes sur la plateforme Disney+ dès son lancement le 12 novembre 2019 et sont rapidement rejointes par les suivantes, à la suite de leur diffusion sur Fox. Le succès de la série sur la plateforme donne donc à James L. Brooks une nouvelle idée en janvier 2021, celle de réaliser une série de courts-métrages où Les Simpson interagit avec les autres franchises de Disney+. Al Jean imagine alors Le Réveil de la Force après la Sieste, un premier cartoon envoyant Maggie dans une crèche de Jedi à l’occasion du Star Wars Day, le 4 mai 2021, Le Bon, le Bart et le Loki, un deuxième cartoon diffusé le 7 juillet 2021 et faisant écho à la série de Marvel Loki, diffusée à partir de juin sur Disney+, puis Le Plusanniversary des Simpson, révélé le 12 novembre 2021 pour marquer le deuxième anniversaire de la plateforme. Dans le prolongement, deux autres productions sont proposées au public : Te Deseo Lo Mejor, cartoon entièrement en espagnol diffusé sur YouTube fin 2021, et Quand Billie rencontre Lisa qui se centre sur la chanteuse Billie Eilish en avril 2022.

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Le 8 septembre 2022, à l’occasion du Disney+ Day, un nouveau court-métrage est proposé aux abonnés de la plateforme. Normalement célébrée le 12 novembre, jour du lancement du service aux États-Unis en 2019, l’édition 2022 est cette fois proposée deux mois plus tôt, la veille de l’ouverture de la D23 Expo, le grand rassemblement officiel des fans Disney. Comme les courts-métrages précédents, la réalisation de Bienvenue au Club est dirigée par le légitime réalisateur historique des (Les) Simpson, David Silverman.


Né le 15 mars 1957 à Long Island dans l’État de New York, David Silverman est un animateur impliqué dans l’aventure des (Les) Simpson depuis les pastilles créées pour The Tracey Ullman Show. Génial, celui qui s’inspire de Ward Kimball et de Tex Avery définit les principales règles qui sont transmises aux différents studios chargés de l’animation de la série. Il délaisse un temps les aventures des habitants de Springfield pour travailler pour plusieurs studios, en réalisant notamment quelques séquences de La Route d’Eldorado (2000) pour DreamWorks Animation et en co-réalisant auprès de Pete Docter Monstres & Cie (2001) chez Pixar. Ensuite, et fort de sa trentaine d’épisodes dirigés, il est désigné pour réaliser Les Simpson – Le Film puis tous les courts-métrages dérivés.

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Bienvenue au Club s’inscrit dans le prolongement des cartoons précédents qu’il faut donc avoir vus préalablement pour en saisir toutes les références. Alors qu’elle chantait les louanges de la plateforme Disney+ dans Le Plusanniversary des Simpson, Lisa Simpson chutait et était relevée par Blanche Neige et Cendrillon qui en profitaient pour lui donner une belle robe de princesse. C’est dans cette tenue que la jeune fille Simpson apparaît dans cette nouvelle production, se présentant aux portes d’un château au côté de son frère Bart, tout du moins c’est ce qu’elle croit alors. Derrière le garçon se cache en fait Loki, le dieu de la malice qui avait déjà pris son apparence dans Le Bon, le Bart et le Loki. Tom Hiddleston, l’interprète du super-vilain Marvel dans les films du Marvel Cinematic Universe, reprend ici l’incarnation de son personnage, ce qu’il avait déjà fait pour sa première apparition simpsonnienne. Le frère de Thor déguisé en Bart convainc donc Lisa de pénétrer dans le château pour être introduite comme une princesse Disney.

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Lisa monte l’escalier enchanté qui se transforme instantanément en toboggan, tandis que Loki, resté sur le perron du château, révèle sa véritable apparence, indiquant faire « une apparition contractuellement obligatoire, bien que mes pouvoirs ne soient pas assez puissants pour les affaires commerciales de Disney » et pestant alors contre le merchandising qu’il juge indigne de lui. Lisa, quant à elle, dégringole le long du toboggan qui la propulse tout droit dans les sombres souterrains du château. Croyant distinguer Blanche Neige dans l’encablure d’une porte, elle se retrouve en réalité nez à nez avec la terrible Sorcière qui l’a empoisonnée. Les lieux s’avèrent en fait être le repaire des plus grands méchants Disney qui apparaissent tous ensemble. Une pancarte apposée sur un mur indique « Disney Villain Land – The Crappiest Place on Earth » (« l’endroit le plus pourri sur Terre »), une parodie du slogan « the Happiest Place on Earth » habituellement utilisé pour désigner le Disneyland Park en Californie.

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Le scénario du cartoon va alors reposer sur une idée simple : les méchants tentent de convaincre Lisa que choisir le côté du mal est bien plus amusant que de vouloir être une gentille princesse. Pour l’occasion, les plus grands vilains des Grands Classiques Disney sont de sortie : certains sont de retour après avoir figuré au casting du (Le) Plusanniversary des Simpson (Maléfique, Hadès, Jafar, Scar, Cruella d’Enfer et le Capitaine Crochet) tandis que d’autres font leur première sortie dans un cartoon des Simpson (Ursula, Kaa, la Reine de Cœur et la Sorcière). Tous ne jouent toutefois pas un rôle équivalent. Maléfique, qui sortait du lot dans Le Plusanniversary des Simpson, s’efface ici au profit de la Reine Grimhilde changée en sorcière, d’Ursula et de Cruella qui mènent la danse pour convaincre Lisa de basculer de leur côté. Le design des personnages se montre plutôt convaincant, s’adaptant parfaitement à celui des Simpson, tout en conservant un côté 2D qui reste fidèle aux longs-métrages animés Disney originels.

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Lisa se voit ainsi expliquer que les méchants sont bien plus amusants, que Disney a l’habitude de se séparer des princesses quand elles ont vingt ans, ou encore que les chansons diaboliques des méchants deviennent des tubes, et notamment des chansons phares des drag queens. Cette dernière affirmation est une référence à la drag queen Divine qui a inspiré la création du personnage d’Ursula, mais aussi au fait que la méchante de La Petite Sirène est elle-même devenue une icône dans le milieu queer. Cruella montre à la fille Simpson comment les pouvoirs des méchants tels que la destruction peuvent être un moyen de régler ses comptes quand d’autres enfants n’ont pas jugé bon de vous convier à une fête d’anniversaire, ou de couper la tête de son frère quand celui-ci s’amuse à maltraiter ses jouets. Quand Lisa réplique que les méchants meurent tous à la fin, Ursula lui répond que « c’est bien mieux que de vivre heureux pour toujours avec un vaurien ». Vient alors le moment des princes tournés en ridicule…

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Une douzaine de princes, parmi lesquels Florian de Blanche Neige et les Sept Nains, Henri de Cendrillon, Philippe de La Belle au Bois Dormant, Éric de La Petite Sirène et Édouard d’Il Était une Fois, apparaissent en effet sur scène pour interpréter une chanson où ils se moquent allègrement d’eux-mêmes et de leur réputation, affirmant être prévisibles et sans intérêt. Quand ils ajoutent « on embrasse même des femmes sans demander », le spectateur pense naturellement aux princes qui donnent un baiser à Blanche Neige et Aurore alors qu’elles sont plongées dans un profond sommeil, que certains aujourd’hui ont pu questionner au regard de l’absence de consentement des princesses… Les princes se présentent comme des êtres identiques : « mêmes dents blanches, cheveux laqués. On est musclés mais pas très futés. On a l’air super beaux mais en vérité, quand on apparaît les gosses partent grignoter ». Peu sensibles au mouvement #MeToo, ils ajoutent que les princesses doivent suivre le précepte : « tu fais des mômes et tu te tais » tandis qu’ils s’occupent de sauver le monde. Un tableau montre alors la princesse Aurore accoucher de son cinquième enfant, tandis que les trois bonnes fées s’occupent des quatre premiers. Enfin, ils précisent à Lisa qu’avec eux, elle peut « oublier la belle vie ». Tout un programme…

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Le court-métrage se termine par une apparition de Mickey Mouse qui vient interrompre la fête, mécontent de voir qu’il a été oublié. La souris intervenait déjà à la fin du (Le) Plusanniversary des Simpson, certes incarnée par Bart, pour faire évacuer la taverne de Moe. Ici, les princes se contorsionnent au sol pour former une gigantesque tête de la souris, se moquant de la propension de The Walt Disney Company à faire apparaître son personnage fétiche dans la majorité de ses œuvres et produits dérivés. Par la même occasion, la souris apparaît comme antipathique et narcissique, une irrévérence que seuls les Simpson peuvent se permettre dans le giron de The Walt Disney Company !

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Comme d’habitude, le générique de fin se compose de plusieurs tableaux montrant Lisa en costume de sorcière qui semble avoir succombé à l’appel des méchants Disney. La fillette Simpson joue ainsi au poker avec Maléfique, Jafar, Ursula et Kaa. Elle s’amuse aux côtés d’Ursula à bord d’une voiture décapotable survolant le Grand Canyon, dans une parodie de la scène tragique finale du film Thelma et Louise (1991). Un autre tableau montre Lisa transformée en dresseuse de fauve, la tête dans la gueule de Scar sur la piste d’un cirque, tandis que sur le suivant, elle s’apprête à entrer dans un « poison apple store » aux côtés de la Sorcière de Blanche Neige et les Sept Nains. Homer, quant à lui, se montre hypnotisé dans les anneaux de Kaa et suspendu par le slip au crochet du Capitaine de Peter Pan.

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Si la vocation promotionnelle du cartoon est moins marquée que pour ses prédécesseurs, Bienvenue au Club souffre des mêmes faiblesses que les autres productions exclusives des (Les) Simpson conçues pour Disney+. Il tente d’offrir une intrigue inspirée des scénarios du (Le) Bon, le Bart et le Loki et Le Plusanniversary des Simpson, mais est bien trop court pour marquer durablement les esprits. Le rassemblement des plus grands méchants Disney aurait pu garantir une trame efficace si les interactions avec la famille Simpson étaient allées au-delà de la courte rencontre avec la seule Lisa. La rencontre des différents labels se limite d’ailleurs ici, après le court retour de Loki, à la simple incursion de la fillette dans le repaire des méchants Disney, laissant à Springfield d’autres célèbres personnages jaunes qui auraient pu créer des gags intéressants, à commencer par Homer. La chanson des princes, quant à elle, fait sourire mais n’apporte rien de plus que de voir tourner la gent masculine des dessins animés Disney en ridicule tout en dénonçant à gros sabots des clichés véhiculés dans certaines adaptations de contes séculaires par les studios de Mickey. Le spectateur habitué aux scénarios construits des épisodes de la série originelle s’interroge alors sur la finalité de ces pastilles spéciales et de leur cohérence d’ensemble.

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Production spéciale conçue pour célébrer le Disney+ Day de 2022, Bienvenue au Club est un cartoon sympathique qui poursuit l’incursion des (Les) Simpson dans les différents univers de The Walt Disney Company. Comme ses prédécesseurs, il manque toutefois d’ambition et laisse, de nouveau, un profond goût d’inachevé.


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