EXCLU

Numéro 354 : Ibrahima Konaté, le Super Saiyan de Liverpool !

« Beaucoup de Français réussissent en Bundesliga, je pense que l’un des  premiers à avoir ouvert cette porte est Ousmane Dembélé »

Ibrahima KonatéCredit Photo – Koria

A comme Attaquant

En Premier League, il y a de très bons attaquants dans toutes les équipes. On a accès à des archives, des vidéos grâce au club ou à notre staff personnel. J’essaie de ne pas me mettre trop de pression et d’analyser leur style de jeu. On possède une équipe avec de très grands joueurs d’expérience. Je commence à en avoir aussi. On s’entraide. Il n’y a pas de préparation spécifique, on aborde chaque match de la même manière, hormis des rencontres comme des quarts de finale ou des finales. C’est légèrement différent, car il y a de l’appréhension, plus de pression, d’enjeu, on est plus regardés… Pour le moment, aucun attaquant ne m’a mis en grande difficulté (sourire). Quand je connais un coup de mou en plein match, il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte que le spectateur ne peut pas voir. Par exemple, la fatigue à cause de l’enchaînement des matchs ou du manque de sommeil. Tu peux faire un mauvais match et tout le monde va penser que l’attaquant en face était excellent alors que pas du tout, ce n’était juste pas ton jour. Ce sont les risques du métier. Il faut donc bien s’entraîner, bien s’alimenter tout au long de l’année pour être en forme physiquement, c’est primordial. Quand tu perds un duel, c’est difficile en tant que défenseur. Ça te pique, tu te dis : « Il faut que je réponde présent sur le prochain ». Et ça peut être un problème. Tu vas vouloir absolument gagner le suivant et en voulant trop en faire, tu peux te louper une nouvelle fois. Perdre un duel, ça peut arriver. Il faut donc garder la même mentalité et ne pas vouloir se prendre pour un super-héros en se disant : « Sur le prochain duel, je vais faire quelque chose d’extraordinaire pour me rattraper ». Si j’étais un attaquant, j’aurais bien aimé être Ronaldo « R9 » (rires). Mais c’est abusé, je pense que personne ne va l’égaler, je suis un fan de Ronaldo. 

B comme Bundesliga

Quand j’ai signé en Bundesliga, j’arrivais de Ligue 2 où c’était plus « la bagarre » contrairement à la Ligue 1. C’était un autre monde en Allemagne que ce soit physiquement ou techniquement. Les débuts ont été difficiles, mais je m’adapte rapidement. Il m’a fallu un an ou deux d’adaptation, mais la Bundesliga m’a permis de prendre en maturité et d’emmagasiner de l’expérience. Ce qui m’a marqué, c’est l’ambiance de fou qu’il y a dans tous les stades. Moi qui venais de Ligue 2 où ce n’est pas le cas partout, ça m’a changé. Quand je suis arrivé en Allemagne, je suis entré dans le rêve du football. Jouer dans des stades pleins à craquer avec du bruit et des chants, c’est vraiment beau à voir et à ressentir. J’ai tout appris ou presque à Leipzig. J’y ai découvert la réalité du monde pro, la Ligue des Champions. J’avais la chance d’être entouré de Français. Il y avait également Babacar Ndiaye (ndlr, ancien attaquant sénégalais devenu Team Manager du RB Leipzig) qui a soutenu et aidé beaucoup de joueurs français. Il fait partie de la réussite de nombreux joueurs francophones du RB Leipzig. Malgré les bas, les blessures, je ne retiens que du positif. Je suis content d’avoir connu tout ça assez jeune, ça m’a permis d’apprendre, je sais que je ne reproduirai pas certaines erreurs. Beaucoup de Français réussissent en Bundesliga, je pense que l’un des  premiers à avoir ouvert cette porte est Ousmane Dembélé. Depuis, beaucoup de Français signent en Allemagne.

C comme Champions League

J’ai déjà vécu un beau parcours avec le RB Leipzig, mais le plus marquant, c’est forcément celui avec Liverpool. Bon, il est vrai que je ne peux pas oublier mon premier match de C1 avec Leipzig, c’était à Lisbonne contre Benfica. La première fois que j’ai entendu l’hymne sur le terrain, c’était incroyable, mais si on parle du parcours, ça reste celui avec Liverpool qui m’a le plus marqué. Honnêtement, j’ai géré ces matchs comme tous les autres, jusqu’à ce qu’on arrive en demi-finale. À ce moment-là, j’ai commencé à comprendre qu’on était à seulement deux matchs de la finale. La Ligue des Champions est une compétition à part. Tous les matchs se jouent jusqu’à la dernière seconde. Il y a toujours du suspens et de la pression, c’est exceptionnel. La finale au Stade de France, je ne sais pas si je peux dire que c’était « la cerise sur le gâteau », car on ne repart pas avec la victoire, mais c’était l’histoire presque parfaite. Finale de Ligue de Champions, à Paris, à côté de chez moi, de mon quartier… (il coupe). Toute la planète regarde ce match, même certains qui ne regardent pas le football habituellement ! Il y avait sûrement des gens avec qui j’étais en primaire en train de regarder. C’est un rêve qui s’est réalisé, d’autant plus à Paris. Mon face à face avec Karim Benzema ? On m’a beaucoup parlé de Benzema avant la finale, logique vu la saison qu’il venait de réaliser. C’est vrai qu’il porte le Real Madrid depuis quelques années, mais il est aussi entouré de joueurs exceptionnels qui l’ont épaulé. Donc je n’étais pas focalisé uniquement sur lui. Le fait qu’on me dise que j’ai été l’un des meilleurs joueurs de la finale malgré la défaite, c’est une satisfaction personnelle, mais la défaite fait que je ne peux pas être pleinement satisfait. Mon match a beaucoup fait parler et j’étais fier de ma performance. Mais avec la victoire au bout, ça aurait été un moment magique. Dans le football, il faut constamment se remettre en question. J’ai beau avoir été l’un des meilleurs joueurs durant la finale de Ligue des Champions, c’est passé, c’est fini. En plus, on n’a pas gagné. Personnellement, ce match est derrière moi. Si je ne suis pas bon cette saison, les gens se fichent de ce qu’il s’est passé durant la finale, seul le présent compte. Personnellement, je suis passé à autre chose.

« La foi me permet d’apprécier les moments, de vivre au jour le jour. »

Ibrahima Konaté

Ibrahima KonatéCredit Photo – Icon Sport

D comme Défenseur

Personnellement, j’estime que je suis un bon défenseur. J’ai une énorme marge de progression. Cela me permet de travailler au quotidien et d’avoir plein d’objectifs à atteindre. À l’époque, durant notre première interview, il est vrai que mon rêve était d’atteindre le niveau de Sergio Ramos. Et l’objectif est toujours de devenir meilleur que lui ou d’atteindre son niveau un jour ! Aujourd’hui, j’ai la chance d’évoluer avec le meilleur défenseur au monde, Virgil van Dijk. J’espère aussi atteindre son niveau. Mon idée, comme tout défenseur je pense, est de regarder chaque joueur qui a marqué l’histoire à ce poste et d’atteindre son niveau dans sa qualité principale. Par exemple, la grinta de Sergio Ramos ou sa capacité à marquer des buts. Moi, je suis un peu grand et un peu lourd, lui est plus petit et plus dynamique. J’aimerais avoir le jeu long de Virgil van Dijk. Mais lui a tellement d’autres qualités que c’est difficile d’en choisir une. Quand tu le regardes sur un terrain, tout semble facile. Il y a encore tellement de défenseurs à citer. Je pourrais passer des heures à en parler. Avec Virgil, je n’ai eu que des échanges positifs. Il m’aide à grandir en me donnant des conseils. Une phrase m’a marqué. Après la finale, il m’a dit : « Si on avait emporté le match, tu aurais été élu homme du match et pris le trophée ». C’est peut-être la meilleure parole qui m’ait dite. C’est aussi quelqu’un avec qui je rigole beaucoup, on a vraiment une bonne relation. Sinon, je dois devenir encore plus régulier au niveau de la concentration, rester concentré pendant tout le match. J’ai encore des petits moments d’inattention. C’est quelque chose qui se travaille avec le temps donc je ne m’inquiète pas. À part ça, je peux m’améliorer dans tous les domaines.

E comme Équipe de France

L’histoire est magnifique ! Je ne pourrai jamais oublier cette sélection. Évidemment, j’étais initialement déçu de ne pas être appelé directement. Mais l’histoire est belle à raconter. Plus tard, je la raconterai à mes enfants ou à d’autres. J’étais dégoûté; mais j’avais la mentalité de bosser encore plus pour être appelé. Et là, je me retrouve en vacances, sur un bateau en train de m’amuser avec mes amis, puis je reçois un appel soudain. Je ne connaissais pas le numéro, donc je n’ai pas décroché. Puis je reçois un mail de la FFF et là, je ne comprends pas trop. Alors je décide de rappeler le numéro et on me dit que je dois rejoindre l’équipe de France. J’étais tellement déterminé que je voulais y aller dans la minute. On m’a dit qu’il fallait venir le lendemain. Devenir international était un rêve, puis un objectif qui a finalement été atteint. Place désormais à d’autres objectifs avec les Bleus. Après, c’est vrai que les résultats n’ont pas été au rendez-vous. Je ne peux pas dire si j’ai été bon ou pas, je pense qu’on a tous été moyens et avec l’équipe que l’on a, on se doit faire mieux. Avec Didier Deschamps, le feeling est bien passé. Comme je suis arrivé en cours de route, je n’ai pas eu l’occasion d’avoir un échange privé avec le coach. J’ai forcément envie de retrouver l’équipe de France. C’est évident ! Je ne pense pas qu’il existe un joueur qui goûte à l’équipe de France et qui ne veut plus y retourner. On a forcément envie d’y être à chaque fois, encore plus avec la Coupe du Monde en ligne de mire.

F comme Foi

Ça m’apporte au quotidien et dans le football, ma foi m’apporte la sérénité. Cela me permet de rester heureux et joyeux. Elle me permet de me rappeler la chance que j’ai, de relativiser après une défaite ou une blessure. Je ne peux pas me plaindre de tout ce que je vis. Je n’oublie pas que beaucoup dans le monde rêveraient d’avoir ne serait-ce que 1% de la vie que je mène. La foi me permet d’apprécier les moments, de vivre au jour le jour. Au quotidien, j’essaie de devenir une meilleure personne, je ne fais pas de distinction entre les gens selon une religion ou une ethnie, ce qui est fréquent malheureusement aujourd’hui. C’est triste. J’aide également mon entourage, ma famille… Ma foi me permet surtout d’avoir un meilleur comportement. Évidemment, ma foi m’a déjà raisonné par moments. En devenant célèbre, on peut être tenté par certaines choses et la foi m’a permis de ne pas dériver. En revanche, on reste des humains, on commet des erreurs. La meilleure chose à faire quand on en fait une est de passer à autre chose et d’essayer de devenir meilleur. On peut par exemple devenir orgueilleux, de par notre statut de footballeur ou notre argent. On peut donc être amené à négliger des personnes, mais la religion me permet de ne pas le faire. La religion me remet toujours les pieds sur terre. Sur le terrain, ça me permet d’éviter les vulgarités (rires). Parfois ça sort tout seul, mais j’essaie d’éviter !

G comme Gentillesse

La religion joue grandement un rôle dans mon comportement, mais c’est également une question d’éducation. Je me souviens, avant de rejoindre le centre de formation de Sochaux, mon père m’a immédiatement dit : « Il faut avoir un bon comportement avec tout le monde, éviter les conflits et aider au maximum les autres ». Il n’y a pas de raison d’être mauvais, sauf si on t’a fait du mal, dans ce cas, c’est compréhensible, on est des humains, avec un cœur et des pensées. Je pense que ce sont mes parents qui m’ont transmis cette gentillesse et elle fait partie de ma personnalité. Après oui, j’ai déjà pu être méchant (sourire). Plus jeune, j’ai sûrement dû me prendre la tête avec des amis pour des futilités. J’ai sûrement dit des paroles que je ne pensais pas. Le plus important, c’est d’en discuter avec les personnes, de s’excuser, de ne pas avoir de rancune et de passer à autre chose. Oui, je suis gentil dans la vie de tous les jours, mais sur le terrain, c’est autre chose ! On ne te demande pas d’être gentil avec l’attaquant adverse, il faut être dur, gagner ses duels et ne pas avoir de pitié. À l’époque, à Sochaux, le directeur du centre, Eric Hély, m’avait convoqué pour me reprocher mon manque d’agressivité sur le terrain. Aujourd’hui, ce sont les attaquants qui me mettent des coups en Premier League donc je suis obligé de répondre. Je n’ai pas peur de faire mal (sourire). 

« Je ne peux plus être aussi ouvert qu’avant. C’est triste, mais quand tu es footballeur, tu dois vraiment faire attention à tout. »

Ibrahima Konaté

Ibrahima KonatéCredit Photo – Koria

H comme Habitudes

« Entraînement tous les jours. Je prends souvent le même petit-déjeuner : oeufs brouillés, fromage, poulet avec un jus d’orange pressé (sourire). J’aime rentrer à Paris de temps en temps, même si je n’ai que 24 heures. J’ai la chance de pouvoir prendre des vols directs depuis Manchester alors j’essaie de revenir voir ma famille dès que je peux. Depuis mon départ en centre de formation à 15 ans, je n’ai plus la chance de vivre avec mes parents. Forcément, un petit manque s’est créé. Alors dès que j’ai l’occasion de passer un moment avec mes proches, même si ce n’est que quelques heures, je le fais. Sur le terrain, j’ai une routine pour les échauffements. Sinon, je n’ai pas un truc pour lequel je me dis : « Ah si je ne fais pas ça avant le match, je ne vais pas être bien ». Je ne suis pas du tout superstitieux. Quand je suis sur Paris, j’aime me rendre à « Almafi », c’est un restaurant italien. Quand je suis chez moi, je joue à la playstation ou je regarde des séries. En vrai, on a pas mal de temps libre en dehors des entraînements et des matchs. Je joue beaucoup à Call of Duty sur Playstation, j’ai mon équipe. On a un groupe dans lequel on échange avec le reste de la team. Dès que je rentre de l’entraînement, on s’écrit directement : « À quelle heure ce soir ? », sans même se dire « Bonjour » (rires). Ensuite, on fait des parties, mais j’essaie de ne pas me coucher trop tard en vue de l’entraînement du lendemain. Le but du jeu, c’est de gagner, comme dans la vie (sourire). Tu as plusieurs équipes de quatre et la dernière équipe vivante remporte la partie. 

I comme Ibou

Ibou, c’est moi ! C’est mon surnom. De base, c’était ma famille qui m’appelait comme ça. Petit à petit, tout le monde a commencé à en faire de même. D’abord à Leipzig, encore plus à Liverpool. Par exemple, le coach m’appelle « Ibou » lorsqu’il parle de moi en interview. Du coup, maintenant, même quand on me croise dans la rue, on m’appelle « Ibou ». Je vais être obligé de trouver un nouveau surnom car ce n’est plus familier (rires) ! Oui, j’ai changé depuis Sochaux et mon passage à Leipzig. Par exemple, de base, je suis quelqu’un de très ouvert avec tout le monde, mais mon cercle d’amis s’est refermé. Je ne peux plus être aussi ouvert qu’avant. C’est triste, mais quand tu es footballeur, tu dois vraiment faire attention à tout. Une parole dite à un proche, un ami ou un journaliste peut être transformée et te faire des problèmes inutilement. Alors je fais plus attention. Concernant mes défauts, il faudrait demander à ma mère. Même si ça fait un moment que je ne vis plus avec elle. Comme chaque être humain, j’ai des défauts, mais je ne saurais pas les citer comme ça. Personne n’est parfait. Ma plus belle qualité ? Tu poses de sacrées questions toi ! Je dirais la générosité. Mais il faut faire attention à ce mot-là. Beaucoup pensent que la générosité, c’est le fait de donner de ses biens. Non, pas seulement ! C’est aussi donner de sa personne, de son temps. C’est une qualité que j’ai avec ma famille et plus généralement avec mon entourage. Sinon, je suis quelqu’un de très simple. Pour me rendre heureux, il m’en faut peu : sortir avec mes amis, faire un bowling puis un restaurant. Et voilà, ma journée est refaite ! Je ne suis pas attiré par le bling-bling. Pas du tout.

J comme Jardin secret

Ce que je ne montre pas et que je garde pour moi, et c’est parce qu’ils se foutent de cette gloire-là, ce sont les membres de ma famille. Je ne les mets pas forcément en avant. Beaucoup voient ma réussite et pensent qu’elle ne vient que de moi. C’est vrai que c’est moi qui suis sur le terrain, qui travaille, qui fais les sacrifices… Mais si on remonte à la source pour comprendre comment j’ai eu cet encadrement, cette mentalité, cette persévérance, cet entourage sain, c’est grâce à ma famille et notamment mes frères qui sont toujours derrière moi. Ils ne se montrent pas. Je n’ai jamais parlé d’eux en interview, j’ai toujours gardé ça pour moi, mais aujourd’hui, je le fais pour dire tout ce qu’ils m’apportent que ce soit dans l’aspect humain ou sportif. Ils font partie de ma force, voilà le grand jardin secret que je ne mets pas en avant du tout. Évidemment, plus jeune, il m’ont déjà remis sur le droit chemin quand je faisais des conneries. Ils ne me loupaient pas. Ils s’occupaient bien de moi et me remettaient sur de bons rails. Tout ça m’a aidé à forger mon mental. Encore aujourd’hui, même s’ils me font confiance, ils continuent de veiller sur moi. Mais ils me connaissent, ils savent l’éducation qu’on a reçue. Mes frères ne me montrent pas qu’ils sont fiers de moi. Enfin, pas devant moi. Un jour, j’ai entendu une conversation entre un des mes frères et ma mère. Mon frère disait : « Ibou, c’est bien ce qu’il fait, mais il ne faut pas le lui dire ». Aujourd’hui, ils savent qu’avec ma mentalité, ils peuvent me dire si je suis bon ou mauvais, car à chaque fin de match, je fais mon auto-analyse et je connais mon niveau. J’ai six grands frères et une petite sœur. Mes frères ne m’ont jamais dit : « Je t’aime » (rires). Tes questions sont bizarres (il éclate de rire à nouveau). Allez si, peut-être mon frère dont je suis le plus proche à mon anniversaire ou après une bonne performance au milieu de quelques insultes, il me le cale. Car il ne veut pas montrer ses émotions. Le fait d’avoir grandi au sein d’une famille nombreuse a un lien direct avec ma générosité. Mon sens du partage vient de là. C’est magnifique d’avoir une grande famille. Aujourd’hui, la plupart ont déménagé, ça fait bizarre quand je reviens. La maison est vide, il fait froid dans la maison (rires). On était 2 ou 3 par chambre. Mais on n’a jamais manqué de rien, on a toujours tout partagé.

« Tout le monde le voit, notre équipe est une machine qui ne s’arrête pas. On ne fait que courir, c’est notre force. »

Ibrahima Konaté

Ibrahima KonatéCredit Photo – Icon Sport

K comme  Klopp

Il a un style de jeu « box to box ». Le jeu du coach, c’est l’intensité. Ce style de jeu est l’âme de Liverpool. Tout le monde le voit, notre équipe est une machine qui ne s’arrête pas. On ne fait que courir, c’est notre force. On joue aussi très haut, on prend beaucoup de risques, le coach fait confiance à ses défenseurs qui sont rapides. Quand on a le ballon, presque tout le monde attaque. Et les défenseurs gèrent la contre-attaque. Après, l’énergie qu’il apporte dans ses causeries d’avant-matchs est exceptionnelle. Aujourd’hui, j’ai l’habitude, mais au début, c’était marquant. Il transmet un truc que je ne pourrais pas expliquer. Il aime bien raconter des anecdotes. Avant presque chaque match, il raconte une histoire qui lui est arrivée. Par exemple, avant la demi-finale de Ligue des Champions face à Villarreal, il nous parle de son passage à Dortmund et nous dit en gros : « Tu peux mener 3-0 à la pause. Mais là, c’est la Ligue des Champions, ne pensez jamais que c’est fini ! ». Il nous a raconté des « remontadas » qu’il a vécues. Il disait également de ne jamais écouter les journalistes qui disent que la victoire est actée ou que le match est plié, jamais. Il te transmet son vécu pour que tu évites les erreurs. Il sait tout ce que doit éviter un footballeur durant un match ou dans la préparation de celui-ci, du coup, il te met en garde en prenant des exemples concrets. Je ne pourrais pas te sortir un seul échange marquant avec Jürgen Klopp. Mais parfois, aux entraînements, si on ne fait pas correctement l’exercice, il s’arrête et nous met un sacré coup de pression ! Olalala, tu n’as même pas idée, tu sens le coup de pression dans ton cœur direct. Après tu te re-mobilises et crois-moi que l’exercice, tu vas le faire correctement. Sinon, il aime rigoler, tranquille, mais une fois sur le terrain, c’est fini. Une fois, on délirait dans le couloir du centre d’entraînement en se dirigeant vers le terrain et on ne s’est pas arrêtés au moment d’arriver sur la pelouse. Et d’un coup, il s’est retourné et nous a mis une soufflante : « Pourquoi vous riez encore ? On est sur le terrain, c’est fini maintenant ! ». Tout le monde s’est calmé. 

L comme Liverpool

Liverpool, c’est un délire impressionnant et un club mythique. Je me souviens, avant de signer, j’ai eu le coach au téléphone. Il m’a dit : « Le jour où tu vas signer à Liverpool, ce ne sera plus pareil pour toi, ta vie va changer. Partout où tu vas voyager dans le monde, tu vas te rendre compte par toi-même de ce que je te dis ». Dans ma tête, je me disais : « OK, d’accord, c’est un club incroyable avec une histoire de malade, mais tranquille ». J’ai voyagé, je suis allé à Zanzibar cet été, et je prenais minimum 50 photos par jour. Et là, sa phrase est revenue dans ma tête. Je me disais : « C’est abusé ! ». Petit, je savais que Liverpool était un grand club, mais je ne l’imaginais pas comme ça. C’est vraiment au-dessus de mes attentes à tous les niveaux. Il y a des fans partout dans le monde et ils sont vraiment très respectueux. Quand tu manges avec ta famille, ils te laissent et attendent pour prendre la photo. C’est agréable. Quand tu arrives à Anfield, tu découvres une énergie différente. C’est un ressenti incroyable. J’ai écouté plein de témoignages. Un jour, Thierry Henry a dit sur un plateau qu’il aurait aimé jouer à Liverpool. Arsène Wenger et plein d’autres grands coachs ont dit qu’Anfield était un stade hors du commun. Je le vis en tant que joueur, c’est réel. Avant de venir, je me suis renseigné malgré le fait que je connaissais déjà plein de choses. Aujourd’hui, je suis à Liverpool, et la vérité, je ne vois quasiment pas de club supérieur. Quand tu es ici, tu as tout : un grand club, une grande histoire, toujours en lice pour gagner la Ligue des Champions, la Premier League et tous les trophées avec des supporters magnifiques. J’ai 23 ans et c’est un club dans lequel je pourrais finir ma carrière. Ce club fait partie des trois meilleurs clubs du monde. Mais il faut aussi de la qualité pour finir sa carrière ici (rires). 

« Moi, je suis footballeur, mais plein de gens qui font autre chose trouvent aussi beaucoup d’inspiration dans les mangas. »

Ibrahima Konaté

Ibrahima KonatéCredit Photo – Koria

M comme Mangas

Derrière les mangas se cachent beaucoup d’inspirations. Avant, je regardais les mangas par plaisir. Je voulais faire comme mes grands frères. J’ai baigné dans les mangas. J’aime toujours autant les mangas. Mais avec le temps, j’ai trouvé plein d’inspiration que ce soit dans le travail, dans la persévérance ou dans la mentalité. Et je ne suis pas le seul. Moi, je suis footballeur, mais plein de gens qui font autre chose trouvent aussi beaucoup d’inspiration dans les mangas. Les mangas peuvent t’aider à trouver de l’inspiration pour viser certains objectifs. Je vais prendre l’exemple de deux personnages de Dragon Ball Z : Son Goku et Végéta. Si tu comprends bien, Végéta aurait pu être beaucoup plus fort que Son Goku, au niveau de ses qualités intrinsèques. Et pourquoi il ne l’est pas et ne le sera pas ? Parce qu’il regarde trop Son Goku, il n’est focalisé que sur lui. L’objectif de Végéta, c’est d’être meilleur que Son Goku. Alors que l’objectif de Son Goku, c’est de vouloir sauver le monde s’il y a un problème et d’être meilleur que le plus fort. Il veut toujours affronter le plus fort et se surpasser. Même s’il bat un mec plus fort, il ne s’arrête pas, il repousse ses limites. Et quand il tombe sur plus fort que lui, il ne cherche pas d’excuse. Il se dit : « Ok, je vais travailler encore plus pour devenir meilleur que lui même s’il m’a déjà battu ». Et cette mentalité m’inspire énormément : je ne regarde pas mes concurrents, je me focalise sur ma propre personne, je bosse sur moi et je cherche à atteindre le meilleur niveau possible. Je me souviens, à l’époque, je t’avais dit lors de notre première interview : « Quand je rentre sur le terrain, je me mets en mode Super Saiyan » (rires). Et oui, je suis toujours dans ce délire. Maintenant, je suis dans un autre mode. Avant, j’étais « Super Saiyan 1 », désormais, je suis dans le 2 ou 3, j’ai les cheveux longs (rires). C’est une énergie en moi. Tu me parles de ma célébration, oui, elle a fait parler. Elle vient d’un autre animé : « L’Attaque des Titans ». C’est un nouveau manga que j’ai commencé à regarder il y a un an ou deux. Le signe que j’ai fait après mon but, c’est le signe qu’ils font comme à l’armée. Il sert à dire : je suis au garde à vous, je suis présent pour défendre la patrie. Le peuple dans « L’Attaque des Titans » se fait « exterminer ». Et quelques membres ont créé une équipe pour attaquer les monstres qui détruisent le peuple. Et quand j’ai fait ce signe, c’est pour dire que je fais partie de l’armée, que je suis prêt à défendre ma ville, mon pays. Et dans le contexte après un but, le message envoyé est le suivant : je suis un soldat de Liverpool et je me donnerai corps et âme à chaque match pour vous rendre heureux. J’ai une nouvelle célébration en préparation, je voulais la garder pour moi. Mais je vous offre l’exclusivité pour le magazine (il éclate de rire). Cette pose fait référence à la téléportation. C’est quelque chose que Son Goku a appris sur une autre planète. Pourquoi cette pose ? Parce que je trouve qu’elle est magnifique. Il n’y a que lui qui est parvenu à maîtriser cette technique. Il s’est entraîné avec d’autres personnes d’un monde complètement différent. il a appris ça et est revenu avec. Du coup, il peut se déplacer partout comme il veut. C’est une des techniques qu’il utilise durant ses combats. C’est aussi une attaque (il s’arrête puis se met à rire). Franchement, c’est trop long à expliquer, si je rentre dans les détails, l’interview ne va jamais s’arrêter. Lorsque je vais célébrer de cette manière, je veux faire passer différents messages. En réalité, ça va dépendre de la situation, de la physionomie du match. Car cette technique peut être utilisée à trois moments différents. En fonction du but inscrit, je pourrai dire pourquoi je l’ai utilisée (rires). 

N comme Négatif 

« Ce que je n’aime pas chez moi ? (Il réfléchit). Déjà, je n’aime pas perdre. Et faire de mauvaises performances, c’est quelque chose que je déteste aussi. Ce que je déteste encore plus, c’est être feignant. Parfois, j’ai ce truc-là et je déteste ça. Par exemple, je sors d’un entraînement et je sais que je ne suis pas fatigué, j’ai donc la volonté de faire de l’extra, mais je ne vais pas le faire, je vais me dire : « Je suis fatigué » ou je vais repousser au  lendemain. Et ça, c’est un truc que je déteste chez moi. Je sais que si je mets ma fainéantise de côté et que je travaille, ça va me permettre de me développer et de progresser encore plus rapidement que prévu. Dans la vie de tous les jours, ce que je n’aime pas, c’est l’injustice. J’essaie de me l’interdire, je ne veux pas être injuste envers qui que ce soit. J’essaie d’être juste et équitable avec tout le monde. Il y a équitable et égal, les deux mots sont différents. Égal, c’est être pareil avec tout le monde. Équitable, c’est être d’une certaine manière avec une personne selon la situation. Je fais attention à tout ça. L’injustice des personnes qui sont au-dessus de certaines personnes et qui usent de ce pouvoir-là pour faire du mal aux gens, je déteste ça. Je n’aimerais pas le subir ni le faire. Dans le monde du foot, ce qui me pique parfois, c’est les anciens joueurs qui vont critiquer les joueurs actuels alors qu’ils ont vécu la même chose. Il y a certaines situations que certaines personnes – qui sont dans leur canapé ou au stade – ne vont peut-être pas comprendre. Ils ne savent pas tous les sacrifices réalisés par le footballeur ou les soucis qu’il peut vivre en interne. Le footballeur n’en parlera pas publiquement parce que son métier, c’est le football, et il ne doit pas tout mélanger. Sans citer de noms, certains footballeurs devenus consultants font certaines critiques très sévères. Ils sont très exigeants alors qu’à leur époque, ils ne l’étaient peut-être pas autant avec eux-mêmes. Je pense que c’est une injustice, ça me touche et ça me dérange. À l’époque, il n’y avait pas les réseaux sociaux donc on ne pouvait pas donner son avis à tout va comme ça et laisser penser que c’est la stricte vérité. Aujourd’hui, c’est ce phénomène qui me pique un petit peu. Me concernant, j’essaie de ne pas faire attention aux réseaux sociaux. Même si évidemment, j’utilise Twitter et Instagram. Parfois, c’est triste, après une mauvaise performance, tu peux recevoir des messages très négatifs. Ça pique, et si tu es quelqu’un de faible et que tu te fies à ça, tu peux vite tomber et te retrouver dans le mal. Beaucoup tombent dans la dépression et les gens ne s’en rendent pas compte. Là, on parle de football, mais c’est aussi valable dans la vie quotidienne. Certains subissent des harcèlements, c’est très grave ! Ça peut mener à des choses tragiques. Il faut faire en sorte d’éviter ça et même de l’éradiquer. Oui, je m’intéresse aux faits de société, il m’arrive de retweeter certains sujets qui me tiennent à cœur. Dès que je vois un truc qui me touche ou que j’ai envie d’afficher mon soutien, je n’hésite pas. 

« Certains parents pensent que tous les footballeurs gagnent beaucoup d’argent. Et non ! Seule une catégorie de footballeurs gagne beaucoup d’argent. »

Ibrahima Konaté

Ibrahima KonatéCredit Photo – Koria

O comme Oasis

Ce que j’amènerais si je me retrouvais seul sur un Oasis ? J’aurais bien dit ma Playstation, mais il n’y aurait pas de réseau là-bas (sourire). Alors en vrai, je dirais ma famille parce qu’il n’y a qu’eux qui comptent. Quand tu es au plus bas, il n’y a que ta famille qui est là. Quand tout se passe bien, tu as de nouveaux amis, de nouvelles personnes qui essaient de rentrer dans ta vie. Et ça  tu ne le vois pas venir. Donc je prends des personnes qui seront là quoi qu’il se passe dans ma vie. Ah, je n’ai pas le droit d’amener des personnes ? Ok, bah je prendrais des raviolis à la truffe (sourire). Et un harpon parce qu’il faut bien pêcher pour que je me nourrisse. Et s’il y a du réseau, je prendrais aussi un petit iPhone avec la 4G, ça peut servir. Je ne suis pas accro à mon téléphone, mais aujourd’hui tu peux tout faire avec : payer, appeler, faire des visios, envoyer et recevoir de l’argent. J’utilise beaucoup WhatsApp. 

P comme Parents 

En toute honnêteté, mes parents sont fiers bien sûr, mais il n’y a rien qui change. Et si je peux envoyer un message à tous les parents qui veulent que leur fils soit footballeur, c’est de ne pas trop se mettre en avant. Laissez vos enfants kiffer, aimer leur passion et ne pas être derrière eux pour qu’ils réussissent absolument et y voir uniquement vos propres intérêts financiers derrière pour dire les choses sans langue de bois. Parce que c’est une chose qui va tuer votre enfant, tuer sa carrière s’il peut en avoir une belle et créer des soucis dans votre environnement personnel. Mes parents sont derrière moi, ils me soutiennent, ils sont contents. Mais vraiment, des fois, on peut s’appeler et mon père ne va pas me demander comment les matchs ou les entraînements se sont passés. La question qu’il me pose à chaque fois c’est : « Est-ce que tu vas bien ? » ou « Est-ce que tes amis vont bien aussi ? », ensuite, il me dit : « Ok d’accord, prends soin de toi ! ». Mes parents ne m’ont jamais félicité. Il n’y a pas de ça. Je reste vraiment leur Ibou, leur enfant. Alors oui, ils me remercient pour tout ce que je leur apporte au quotidien, des choses qu’ils ne pouvaient pas s’offrir avant. Ils me remercient et c’est tout ce qui m’importe. Je vais les rendre fiers en ayant un bon comportement avec eux et en prenant soin d’eux au quotidien. Je pense aussi à notre famille qui est en Afrique, ça leur fait plaisir. D’ailleurs, je n’y ai pas été depuis longtemps, j’espère y retourner prochainement. Ma maman s’y connaît un peu niveau football. Mais elle ne me critique pas (sourire). Elle connaît quelques joueurs parce que j’ai joué avec eux. Elle sait quand on a gagné, quand on a perdu, quand on s’est pris un but. Et voilà. Mon père s’y connaît vraiment, mais il me parle moins de foot que ma mère. Et pour revenir aux parents qui poussent leur enfant à faire du foot et qui ne le lâchent pas. À mon époque, il n’y avait pas ça. J’allais tout seul à mes entraînements au Paris FC, je prenais les transports avec mes potes. Certains parents étaient là, mais c’était rare. Aujourd’hui, la vie de footballeur qu’on peut voir sur les réseaux sociaux fait rêver certains parents. Certains parents pensent que tous les footballeurs gagnent beaucoup d’argent. Et non ! Seule une catégorie de footballeurs gagne beaucoup d’argent. Sans critiquer, aujourd’hui, tu as des footballeurs qui jouent en première ou deuxième division dans certains pays et qui gagnent leur vie correctement. Quand je dis ça, je veux dire qu’à la fin de leur carrière, ils vont devoir trouver un emploi pour continuer à financer leur vie. Et aujourd’hui, les parents ne pensent qu’à l’argent. Malheureusement, l’argent ne fait pas le bonheur. Tu peux gagner beaucoup d’argent, et derrière cet argent-là, il y a la partie immergée de l’iceberg que beaucoup de personnes ne voient pas. Je la vois parce que je suis footballeur. Quand on regarde l’actualité, il y a beaucoup d’histoires et elles arrivent à cause de l’argent. Ces parents veulent que leur fils gagne beaucoup d’argent, c’est uniquement pour eux, mais ils ne savent pas que ça peut devenir un problème. Alors, laissez votre enfant profiter, faire ce qu’il désire avant toute chose et si tout se passe bien pour lui, tout se passera bien pour tout le monde. À titre personnel, l’argent n’est pas une chose qui me perturbe et j’espère que ça continuera ainsi. Bien sûr, je gagne bien ma vie et ça me permet de mieux vivre au quotidien, de passer de bons moments en vacances par exemple. C’est une chose que je mets dans ma poche, mais pas dans mon cœur. 

« À titre personnel, j’espère devenir le meilleur défenseur central du monde un jour. »

Ibrahima Konaté

Ibrahima KonatéCredit Photo – Icon Sport

Q comme Question

Si j’étais journaliste, quelle question je poserais à Ibrahima Konaté ? Je vais te répondre, mais après, tu ne me poses pas les questions (rires). Je lui demanderais : « Si tu n’avais pas été footballeur, quel métier aurais-tu exercé ? ».  Et ensuite, je lui aurais également demandé : « Aujourd’hui tu joues à Liverpool, mais quels sont tes objectifs personnels ? Quel est ton objectif ultime ? Que ce soit dans le foot ou dans la vie ? ». J’aurais répondu : « Comme j’aime tout ce qui touche à la restauration, je me serais vraisemblablement orienté vers ce domaine ». Bon, j’ai tout fait pour être footballeur, je pense que c’était mon destin. Concernant mon objectif ultime, c’est de remporter un maximum de titres, avoir une armoire à trophées garnie à la fin de ma carrière et garder plein de très bons souvenirs. J’ai perdu quelques finales mais avec du recul, ça fait partie de l’histoire et je serais content de les raconter aussi. À titre personnel, j’espère devenir le meilleur défenseur central du monde un jour. Concernant mes objectifs de vie, c’est de rester comme je suis, de ne pas changer quoi qu’il arrive, de rendre fiers mes parents, mes frères et sœur Et surtout d’être une source d’inspiration pour les plus jeunes, pas seulement dans le football mais aussi dans la vie en général. Je le dis souvent à mes amis : il y a le football, mais il n’y a pas que ça dans la vie. On peut faire plein de choses : artiste, boxeur, danseur, humoriste, avocat, etc…

Chacun peut trouver sa vocation. Il n’y a pas qu’au football où l’on peut réussir. Si j’aimerais avoir beaucoup d’enfants ? Franchement, non. Vu la société dans laquelle on vit actuellement, ce n’est pas facile d’élever des enfants. Quand je vois ma mère qui a eu autant d’enfants, qui a été présente pour nous, qui nous a bien éduqués, et que je compare, je me pose des questions. Aujourd’hui, il y a des parents qui ont un enfant et qui crient sur tous les toits que c’est la fin du monde, qu’ils ne s’en sortent pas. C’est dur à ce point-là d’élever un enfant ? Donc on verra. J’espère déjà en avoir un en bonne santé si tout se passe bien. C’est le plus important. Par la suite, pourquoi ne pas en avoir plus. 

R comme Roquette

Le quartier de la Roquette, c’est comme mes terres, là où j’ai grandi, là où j’ai tous mes amis. C’est un lieu où je me ressource en énergie, en force, en plein de choses. Je mets en avant mes amis, ils m’apportent une certaine force au quotidien. Ce sont des gens qui veillent sur moi quand je rentre à Paris, quand je vais en vacances ou quand ils viennent à Liverpool. Ce sont des gens qui m’envoient de la force et qui me souhaitent de la réussite. Après, bien évidemment, comme dans chaque quartier, des personnes veulent ta réussite, d’autres veulent ta perte. Ceux qui veulent ma perte ne me le montrent pas, mais bon, comme on le sait, on ne peut pas faire l’unanimité. C’est comme ça. Mais je ne fais pas attention à ça, j’essaie de faire plaisir à tout le monde. Même à la personne qui te veut du mal, tu sais, juste le fait de lui donner un maillot par exemple, ça peut faire percuter cette personne. Elle va rentrer chez elle, elle va se regarder dans un miroir et elle va se dire : « Attends, cette personne je l’enviais, je lui en voulais, et d’elle-même, elle m’a apporté un maillot ». Comme ça, tu changes les mentalités donc il ne faut vraiment pas être rancunier dans la vie quoi qu’il arrive. Je prends toujours le temps de revenir dans mon quartier d’enfance. Mes parents n’y habitent plus. Je pense que c’est une suite logique, pour chaque footballeur ou chaque personne qui gagne bien sa vie. Tu veux mettre ta famille dans un certain confort. Mon plus gros souvenir à la Roquette ? (Rires). J’en ai plein, c’est difficile de t’en raconter un. Je pense aux étés passés, on faisait des activités sur place. On faisait des batailles d’eau les après-midis, avec tous les gens du quartier, peu importe leur âge. Je me rappelle que je jouais avec mes grands-frères, on faisait des batailles d’eau dans tout le square et on finissait sur un tournoi de foot jusqu’à la fermeture du parc. On rendait fous les gardiens, ils n’en pouvaient plus. Voilà mes plus beaux souvenirs.

S comme Sochaux

Je ne pourrai jamais oublier mes années au centre de formation de Sochaux. J’ai des vidéos dans ce centre de formation, je ne sais pas quand je vais les sortir, mais il faudra bien que ça sorte un jour (sourire). Tu arrives là-bas à 15 ans, tu es loin de ta famille et tu t’y crées une nouvelle famille. Ce sont des gens avec qui tu vis au quotidien. Vous vous levez ensemble, vous dormez ensemble, vous allez à l’école ensemble et tout le monde devient comme des frères. C’est le plus beau souvenir de ma carrière de footballeur jusqu’à maintenant. J’ai fait mes débuts professionnels à Sochaux, après oui, je suis parti libre. Peut-être que le club a encore ce départ en travers de la gorge, c’est possible. Si je me mets à leur place, c’est compréhensible dans un premier temps. Ils doivent se dire : « C’est un joueur qu’on a formé et il part libre ». Mais dans un deuxième temps, il faut aussi se demander pourquoi le joueur est parti libre, voir où l’on a mal fait les choses. Tu es jeune, tu as 18 ans et ton club formateur te propose un contrat pro. Tu sais que tu vas jouer mais non, tu prends le risque d’aller dans un club de Bundesliga qui joue la Ligue des Champions. Pourquoi ? J’avais peut-être des objectifs plus élevés. Et comme Albert Cartier disait souvent : je suis un joueur qui n’a pas besoin de tremplin, de transition avant d’aller dans un meilleur club. J’avais des objectifs tellement élevés que le niveau de mon futur club n’était pas un souci. Aujourd’hui, ils ne peuvent rien dire. Je suis à Liverpool, j’ai joué une finale de Ligue des Champions, j’ai déjà gagné trois titres. Si je n’étais pas parti, je n’en serais peut-être pas là actuellement. Je ne sais pas où je serais, je ne vais pas me prononcer, avec des « si », on peut faire tellement de choses (rires). Mais dans tous les cas, il faut prendre des risques pour avancer et surtout ne pas les regretter. 

« Si je ne vais pas à la Coupe du Monde, je mettrai cette étape dans une case « échec ». Et cet échec me donnera de la force pour progresser encore plus. »

Ibrahima Konaté

Ibrahima KonatéCredit Photo – Icon Sport

T comme Trajectoire

C’est vrai que ma trajectoire a été très rapide. Elle a surpris beaucoup de personnes. Mais moi, ça ne m’a pas surpris. J’ai travaillé et fait des sacrifices au quotidien, c’était donc la suite logique. J’espère que ma trajectoire va continuer à croître et me permettre d’atteindre mes objectifs. À l’époque, je t’avais dit que la célébrité me faisait peur (rires). Mais aujourd’hui, je ne suis pas une star. Je sais que je peux aller beaucoup plus haut. Mais il est vrai qu’être une personne « reconnue mondialement », c’est beau. Surtout dans la ville où je vis actuellement. C’est bien d’apporter de la joie aux fans avec qui tu vas faire une photo ou avec qui tu vas échanger rapidement. C’est une chose dont la personne va se rappeler toute sa vie, peut-être. Tu es, peut-être, un joueur qu’il appréciait mais juste le fait d’avoir pris une photo avec lui ou d’avoir échangé avec lui, va faire que tu vas devenir son joueur préféré. Aujourd’hui, ce n’est pas facile d’être footballeur. On peut voir que certains footballeurs sont un peu négligents avec certaines personnes. Et en tant que footballeur, je peux les comprendre. Par exemple, Kylian Mbappé, partout où il va, il ne respire pas. C’est vrai qu’à un moment donné, ça peut être fatiguant parce que tu restes un être humain. Même si c’est ton métier, tu n’es pas un robot, il ne faut pas l’oublier. Des fois, ça peut être compliqué, mais il faut toujours faire le job. 

U comme Unanimité 

On sait qu’on ne fera jamais l’unanimité et qu’on sera toujours critiqué à un moment ou à un autre. C’est dur, mais bon, je l’ai assimilé il y a quelques années déjà. Il faut vivre avec. C’est impressionnant, tu peux être le meilleur joueur du monde, mais il y aura toujours des gens qui te critiqueront parce qu’ils préfèrent untel par rapport à certaines convictions. À l’inverse, tu peux être le plus nul du monde, tu auras toujours des gens qui t’apprécient. Alors faire l’unanimité, ça n’existera jamais quoi qu’il arrive et peu importe le domaine dans lequel tu exerces. Même si demain tu es multimilliardaire et que tu donnes un million à toute la terre, il y aura toujours des personnes pour te critiquer. Savoir qu’on ne mettra jamais tout le monde d’accord, ce n’est pas difficile au final. C’est comme ça avec tous les êtres humains. Je ne fais pas l’unanimité, mais c’est la vie et ma vie continue quoi qu’il arrive. 

V comme Vacances

J’aime bien voyager, voir le monde et visiter. Il y a quelques destinations en Europe qui sont facilement accessibles lorsque tu as des week-ends. C’est bien d’y aller, mais je n’aime pas aller deux fois au même endroit. Surtout quand il s’agit de destinations lointaines. Par exemple, je suis allé à Bali. Je me suis dit que je ne retournerai jamais parce que c’est un endroit où je suis déjà allé et la terre est tellement vaste, il y a des paysages tellement impressionnants. Parfois, je vois des paysages de plein de pays différents sur les réseaux sociaux. Et je me dis que je n’aurai jamais le temps de tout visiter. Pour l’instant, je retiens trois voyages : la Tanzanie, Bali et la Malaisie. J’aimerais bien visiter les États-Unis. Je n’ai jamais fait. Quand je suis en vacances, je suis chill, même si dans le même temps, j’aime visiter, découvrir, me promener. Par exemple, il y a un truc où je suis compliqué : c’est la nourriture. En fait, je suis très simple à ce niveau-là. Mais quand tu me ramènes de nouvelles choses que je ne connais pas, je n’y arrive pas. En vacances, ce qui me marque le plus, ce sont les personnes. Ce ne sont pas les lieux, ce sont les êtres humains. Les gens ont un comportement exceptionnel. On devrait s’inspirer de ce type de comportement. 

W comme World Cup

Je pense ardemment à la Coupe du Monde. Et encore plus parce que j’étais blessé pendant deux mois. Je reviens donc je dois faire deux fois plus comme je n’ai pas commencé la saison. Évidemment que le Mondial est dans ma tête, c’est un objectif et un rêve. Ma sélection passera par mes performances individuelles et collectives, et ce que je vais proposer en club. Je ne peux pas te faire une estimation quant à ma présence dans la liste. Tout peut arriver, comme on a pu le voir sur la dernière liste. Il y a eu un grand nombre de blessés et j’espère que tout le monde va se rétablir. On a besoin de tous les joueurs pour aller loin dans cette compétition. On ne sait jamais de quoi est fait demain donc on ne va pas parler d’estimation. On va parler de travail et de performance. Si je ne vais pas à la Coupe du Monde, je mettrai cette étape dans une case « échec ». Et cet échec me donnera de la force pour progresser encore plus. On a une équipe extraordinaire, tous les pays du monde le savent. Nos adversaires vont venir avec un état d’esprit revanchard, car on est les tenants du titre. Pour conclure, je vais tout faire pour retrouver mon meilleur niveau, gagner des matchs avec Liverpool et faire de bonnes performances pour réajuster ce début de saison. Et évidemment que je vais tout faire pour être à la Coupe du Monde. 

X comme X-Factor 

La persévérance, le travail et la rigueur. Ces trois éléments m’ont permis d’être là où je suis aujourd’hui. Il faut que je continue sur cette voie-là. Mes choix aussi ont été déterminants dans ma carrière. Tu es toujours amené à faire des choix. Et le plus dur, c’est de prendre les décisions. Avoir des opportunités, c’est bien. Prendre la bonne décision au bon moment, c’est encore autre chose. Quitter Sochaux pour rejoindre Leipzig à 18 ans, c’était une grosse décision. Finalement, tout s’est bien passé. Quitter Leipzig pour signer à Liverpool, c’était une grosse, grosse décision. Et aujourd’hui, ça semble être le bon choix. Oui, il y a eu un gros transfert, mais je ne fais pas attention à ça. 

« Il ne faut pas mettre tous les footballeurs dans le même sac pour éviter de mal les juger. »

Ibrahima Konaté

Ibrahima KonatéCredit Photo – Koria

Y comme Yin et yang 

Je vais revenir sur la notion de travail. Pourquoi ? Parce que tu peux travailler, mais le plus important, c’est de bien travailler. Par exemple, quelqu’un peut te dire qu’il est bosseur car il va à la salle tous les jours. Mais cette même personne ne fait que se blesser musculairement. Pourquoi ? Parce qu’elle travaille mal. Le travail, c’est le bon mot, et c’est le mot dont on a besoin pour avancer dans la vie. Mais il faut l’utiliser à bon escient. Il faut travailler au bon moment, dans les meilleures conditions, avec les meilleures personnes autour de toi. Et ça, on peut le voir dans le football et avec les personnes avec qui tu collabores au niveau extra-football. Il faut savoir bosser et choisir les meilleures personnes pour bosser. Sinon, ça peut tout simplement te ralentir. Te donner une force complémentaire mais à la fois opposée au travail, c’est compliqué, car dans le travail, il y a justement plusieurs forces et différents facteurs. 

Z comme Zoom

Je vais parler au nom de tous les footballeurs. Je conseille aux gens de vraiment se renseigner sur la vie de footballeur en général. Savoir comment ça se passe en interne et essayer de comprendre. Certaines critiques peuvent fuser sur des footballeurs, mais il y a beaucoup d’histoires et beaucoup de choses que les gens ignorent sur la vie du footballeur en général. Je vais te donner un exemple tout bête. Un joueur qui signe son premier contrat professionnel et qui touche ses premiers salaires. Les gens vont penser qu’il veut flamber avec son argent, profiter, qu’il abuse et qu’il est dans l’excès. Mais ce qu’il faut prendre en compte, c’est que le footballeur quitte sa maison à l’âge de 15 ans, parfois avant. Il ne vit pas avec ses parents, pas avec ses amis. Il s’entraîne tous les jours, il ne peut pas faire de nouvelles rencontres car il est scolarisé dans un lycée privé et qu’il se retrouve uniquement avec des joueurs du centre de formation. Et quand il signe pro, le joueur commence à avoir sa liberté. À ce moment-là, c’est comme une sorte de revanche pour lui et il essaie de rattraper le temps perdu d’une manière ou d’une autre. En réalité, rattraper plusieurs années d’un coup, c’est impossible puisque tu as des obligations, une image à tenir, l’image du club à respecter. Du coup, comment faire pour profiter ? Parfois, des joueurs peuvent utiliser leur argent dans des habits, des voyages, des bijoux, etc… Tout ça va, peut-être, apporter une satisfaction au joueur et lui permettre de rattraper le temps perdu. Il faut tout prendre en considération et penser à tout ce que le joueur a pu vivre. Et encore, il y a plein de paramètres à prendre en compte. Avec tout ça, on peut comprendre certains agissements. Là, quand je te parle, je généralise bien évidemment. Certains sont aussi dans l’excès et font vraiment n’importe quoi, comme partout. Il faut de tout pour faire un monde. Moi, je parle de manière générale, il ne faut pas mettre tous les footballeurs dans le même sac pour éviter de mal les juger. 

La phrase qui représente Ibrahima Konaté 

Je t’en avais donné une bonne à l’époque, mais elle était dans mon téléphone, je ne l’ai plus en tête (il avait opté pour une phrase tirée d’un manga : « Tous ceux qui travaillaient durs ne sont pas forcément récompensés mais tous ceux qui ont réussi ont travaillé dur »). J’avais dû te dire qu’il faut profiter de la vie, de sa famille et de ses amis. Allez, la phrase que je vais te donner est la suivante : « Il faut prendre conscience des bienfaits qu’on a, sans les négliger ». 

La note d’Ibrahima Konaté pour son interview 

Je me mets 8,5 sur 10. Je n’ai rien à améliorer, c’est juste que je n’aime pas 20 sur 20 (sourire). Même à l’école, je n’aimais pas les 20/20, je préférais avoir un 18,5 ou un 19. Ça fait le mec qui a révisé mais qui ne s’est pas donné à fond (il éclate de rire). 

Pour résumer

Auteur d’une saison 2021/2022 époustouflante, Ibrahima Konaté se rapproche peu à peu des meilleurs du monde à son poste. Stoppé par une blessure, le central de Liverpool a retrouvé les terrains, déterminé à atteindre le plus haut niveau des « Super Saiyan ». Dingue de mangas et de Dragon Ball, le natif de Paris a même profité d’un shooting photos aux abords d’Anfield Road pour dévoiler sa future célébration sur notre couverture. Échange avec un postulant sérieux pour la Coupe du Monde.

Rafik Youcef

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EXCLU – Ibrahima Konaté : « Je ne suis pas attiré par le bling-bling »